ambiance masculine
Avec cette nouvelle formation j'entrais dans un monde très majoritairement masculin. Les filles étaient peu nombreuses, les plus jolies universellement courtisées. Pour l'essentiel ma vie se passait au milieu des hommes: nous étudions entre hommes, nous entrainions entre hommes, nous nous changions, nous mangions, nous buvions entre hommes.
Je nous revois, je nous entends encore débouler dans les vestiaires, jeunes mâles fougueux pleins de vie. Avec cette trivialité, et ces inévitables moments de vulgarité qu'ont les hommes quand ils se retrouvent entre eux. Pourtant je savais que celui qui rotait sans vergogne avait un corps de dieu , que plusieurs de mes camarades partageaient avec moi cette chance de porter entre les cuisses un large et beau sexe. Les gars étaient hétérosexuels. Aucun doute là-dessus. Pour autant, ces fraternités sportives portaient en elles une sorte d'homophilie qui m'impregnait chaque jour un peu plus.
J'aimais de plus en plus les hommes et j'aimais de plus en plus être un homme.
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retour aux douches collectives
Ce que je vais écrire paraitra peut-être ridicule, mais ce qui m'effrayait aux commencements de ma nouvelle formation, c'était la perspective des douches collectives. Depuis ma prépa HEC et l'arrêt du football, je n'avais plus fréquenté les vestiaires sportifs. La première douche commune fut un moment pénible. je la pris avec un peu d'avance avec Loïc un étudiant venu des côtes d'Armor. C'était un gars blond très beau. Quand il fut nu, je ne vis que ses lourds testicules d'homme, sa touffe pubienne blonde et son large sexe au long prépuce. Je commençais involontairement à bander. J'entendais déjà sonner sur le carrelage les crampons des copains qui arrivaient. Je me décidai à retirer mon short et mon slip et rejoignis Loïc sous les jets d'eau chaude. Je ne dus curieusement mon salut qu'à l'évocation de Thierry. Je me lavai au milieu des autres toujours plus nombreux, de ces dizaines de mâles, de phallus, de muscles d'hommes. Je participais à leurs plaisanteries. Quand je revins à mon banc, je remarquai que ma queue légèrement gonflée n'avait ni raidi, ni dressé. Je savourais cette victoire solitaire, sûr désormais que je parviendrais à dompter mon émoi à chaque instant....
Rentrée 1982
La rentrée arrivait. Il était hors de question de redoubler ma prépa HEC. Maintenant il s'agissait de faire ce dont j'avais vraiment envie et de donner cours à cette énergie considérable que je sentais en moi. J'entrais au Creps, multipliais les inscriptions en Droit, en Histoire...
Je me retrouvais dans un milieu très masculin, à 100% ou à peu près hétérosexuel, ayant pour les homosexuels un regard distancié, condescendant et moqueur.
Je me souviens que j'avais des craintes de cette rentrée que je ne pouvais formuler...
Boire de la bière ensemble
Pourtant les moments heureux ne manquèrent pas.
Nous nous retrouvions chaque vendredi soir, et très souvent le samedi, pour "pister". L'expresion désignait une tournée des bars. J'aimais le retrouver et boire ensemble de la bière. Nous restions longtemps à parler de football, de filles, de philosophie. Comme nous étions gamins encore. Je savourais ces heures. Je savais qu'après ce troquet, il y aurait le pub, puis plus tard le bar de nuit. Jamais nous n'étions souls. Nous nous séparions vers 2heures du matin. Je marchais alors avec une boule de souffrance dans le thorax, mais je me consolais à l'idée d'une prochaine virée. Rentré dans ma chambre, je me masturbais. Je n'imaginais aucun rapport sexuel, mais Thierry était immensément présent dans les images qui me venaient à l'esprit quand j'empoignais mon gros sexe...
Exclu du paradis
Je me souviens parfaitement du retour de cette escapade.
Quand revenus en France, je repris la voiture seul, je n'avais pas parcouru un kilomètre que je ressentis en moi une immense perte comme si j'étais vidé de toute substance. Je tombais dans une détresse sans fond. Je n'avais pas prévu cet état d'âme, je ne m'y étais pas préparé. Personne ne m'avait dit. Qui peut imaginer le chagrin que j'éprouvai à ce moment? La route avait pris un aspect opalescent et trouble. Mes yeux s'étaient remplis de larme. Je ne voulais pas pleurer. Je m'essuyais les yeux avec brusquerie. J'étais un homme, je me raidissais dans cette posture. Je ne pleurerai pas. Je m'efforçais de contenir cette douleur qui me brûlait l'estomac. Je souffrais comme un chien.
Ce que j'ignorais alors, c'est que j'étais condamné pour longtemps à revivre à chacune de nos séparations cette misère, que je payerais le moindre moment de bonheur par des heures de souffrance et de solitude...
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jeunesse
les paroles de cette femme m'avaient frappé et cheminaient dans mon esprit. Oui, le visage aux traits fins, l'éclat tendre des joues, le nez petit, tiraient mon ami vers la prime adolescence. Mais il avait les muscles d'un lutteur, le poil dru aux aisselles, et qui colonisait toujours plus son torse, et une verge d'homme. Je n'avais aucune attirance pour les jeunes garçons et les caractères sexuels marqués de thierry m'envoutaient, mais je reconnaissais aussi la fascination où me laissait la contemplation de son pur visage...
sa jeunesse
La pluie nous surprit au retour de cette longue promenade à travers la lande et comme nous nous étions abrités sous le porche d'une église, un révérend anglican vint nous trouver et nous invita à venir nous réchauffer chez lui. Sa femme était une belle rousse volubile. Je me rappelle que celle-ci me dit au cours du petit repas que le couple nous offrit: "votre jeune ami" en parlant de Thierry. Il saisit la balle et demanda: " What do you think? How old i am?'" " sixteen" répondit la femme... Les yeux de Thierry prirent cette fixité dure et froide que je lui connaissais. En revenant, il me dit: "Cette femme m'a pris pour un gamin, un quart d'heure avec elle sous la tente, et elle aurait vu..."
ballades
Comme le soleil revint dans l'après-midi, nous partîmes sur un sentier qui longeait des falaises et parcourait des landes. Il faisait très doux et j'étais heureux de traverser ces étendues de fougères et d'ajoncs avec un des plus beaux garçons qui fût au monde. Nous marchâmes torse nu. A chaque moment des aperçus du galbe de ses épaules, des larges muscles de son thorax, des abdominaux annelés, du nombril plissé, des cuisses fermes et tendues de mon compagnon de randonnée me ravissaient. La vie était bien belle...
La barbe de Thierry
Rien ne m'émouvait plus que la barbe de Thierry, cette ombre légère sur un visage si juvénile. J'aurais aimé être son frère, juste pour avoir le privilège de l'embrasser. Ces joues étaient belles à en pleurer...
amour et crainte
La lumière du matin révéla peu à peu les traits magnifiques de Thierry. Il pleuvait sur la tente et nous restâmes à lire et à discuter jusqu'à midi. Nous étions en slip et tshirt. Mon copain portait un maillot de corps et un slip à poche. On pourra sourire de ces sous-vêtements, mais leur simplicité allait si bien à ce garçon. Quand il croisait les mains derrière la nuque, ses bras musclés laissaient voir une petite touffe brune et chatain de poils au creux de l'aisselle dont je sentais avec désir l'odeur discrète de fougère. Ce petit foin viril disait l'homme quand le visage reposé par la nuit rappelait l'enfance encore proche. je n'osais risquer des regards plus bas. Lui aussi devait avoir le matin... Il avait un roman policier de Chandler, j'avais amené de France l'Equipe dont les pages froissés brisaient le calme de ce matin. J'étais amoureux et j'abordais l'amour par le respect, ou mieux la crainte car la beauté de ce garçon de 19 ans me remplissait de terreur...
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